« Crépusculer » sur la plage : Megane, de Naoko Ogigami.

Megane. Naoko Ogigami

Megane, en japonais, veut dire « Lunettes ». De fait, dans ce film de Naoko Ogigami, les protagonistes portent tous des lunettes. Fruit du hasard – le réalisateur ne s’en est rendu compte qu’après coup –, le port général de ces montures paraît néanmoins trahir un comportement culturel puissamment japonais. Quand Taeko, la fille de la ville, débarque sur une petite île au sud du Japon, elle découvre, interloquée, une vie hôtelière guidée par la nonchalance. Séances d’aérobic sur la plage, dégustation de sorbets, et surtout, activité ô combien fondamentale pour les singuliers résidents de cette île : l’art de « crépusculer ». Autrement dit, l’art de regarder le soleil se coucher sur la mer. Fantaisie de scénariste, certes, mais si proche du rituel du Hanami, consistant précisément à contempler la floraison des cerisiers au printemps. Si proche aussi de l’Ukiyo-e, fameux mouvement artistique de l’époque Edo, qui signifie à la lettre « Images du monde flottant ». Dans les deux cas,  une expression profonde de l’âme japonaise, consciente de faire face à l’impermanence des choses. Le grand peintre Kanae Yamamoto, déjà, montrait  des pêcheurs regardant le soleil se coucher. Sur la plage de Yoronjima, île japonaise proche d’Okinawa et théâtre d’un bien joli moment de cinéma, Naoko Ogigami se borne peut-être, paires de lunettes à l’appui, à imaginer une nouvelle version du shimeyakana gekijô, « l’émotion recueillie »…

Megane. Naoko Ogigami. Couverture. jpg

Megane (Glasses) de Naoko Ogigami, 2008, 4800 yen (5184 yen tax incl. in Japan), US£$ 47,78. Sous-titrages en anglais.

 

 

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